LE BALLET DE WUTHERING HEIGHTS : INSTANTS D’ENVOL SUBLIME

Un chef d’œuvre de la littérature romantique anglaise, Les Hauts de Hurlevent d’Emile Brontë ne s’est pas contenté d’inspirer les scénaristes, il a aussi sollicité l’attention de chorégraphes tels que Kader Belarbi. Un des danseurs étoiles du Ballet de l’Opéra de Paris, Belarbi a, en effet, vu que la littérature donne matière à danser, et il a choisi de couronner sa carrière d’interprète par cette adaptation du roman, qui est, pour le moins dire, extraordinaire.
La structure du ballet est toute simple, sans pour autant diminuer la complexité des thèmes traités, ni réduire le symbolisme dans lequel cette œuvre artistique est ancrée. Il s’agit en fait de deux actes : l’un est conçu dans le réel, l’autre dans l’irréel. Ainsi, dans le premier acte, un univers contemporain englobe paysans et bourgeois, alors que dans le deuxième, une tournure romantique fait que les danseurs œuvrent dans une ambiance nocturne où les gardes d’esprit rôdent et les souvenirs martèlent la tête de Heathcliff. D’ailleurs, le passage dans le ballet de demi-pointes aux pointes en dit plus sur cette notion d’irréel où l’héroïne est réincarnée et l’amour est transcendé par la mort. Il est clair que Belarbi s’est inspiré des ballets romantiques dans ce deuxième acte, un style qui privilégie le fantastique et l’imaginaire comme le montrent bien la danse des esprits ainsi que les créatures spirituelles.
Le ballet comprend plusieurs moments forts dont la scène d’ouverture. Celle-ci est très originale, comme les spectateurs s’émerveillent de voir une pluie de fleurs s’abattre sur scène, ce qui permet d’introduire les deux héros encore enfants et s’amusant dans ce jardin. Et ce n’est que la première phase, puisque le ballet continue en retraçant leur adolescence, leur amour, et leur mort. En effet, dans un symbolisme bien élaboré, Catherine est une petite fille, mais aussi une femme, et une âme. D’ailleurs, une des grandes qualités de ce ballet, il faut l’admettre, réside dans le choix du décor qui accentue ce symbolisme, rendant l’œuvre à la fois accessible et exigeante. Belarbi a opté pour un décor minimaliste, insérant en fond de scène un arbre omniprésent qui symbolise les lands de Yorkshire et les vents de Hurlevent. Les tourments et la déchirure du héro ont été traduits par une alternance d’éclairages clairs-obscurs et par la couleur noire de son costume. Plus éloquent encore, le rideau de scène est délibérément fendu en deux, comme pour exprimer la déchirure entre les deux héros, et il prend même l’image d’un éclair, comme pour intensifier le son de l’orage qui gronde non seulement dans toute la salle, mais aussi et surtout dans la tête et le cœur de Heathcliff.
Les interprètes de Wuthering Heights ont beau donner un souffle au roman de Brontë, ils ont surtout œuvré avec une grâce à couper le souffle. La fin qui marque un moment paroxystique – le ballet se terminant sur un magnifique pas de deux entre le héro et l’héroïne réincarnée — est un moment unique, irréel, magique. Comme le son s’estompe, le silence s’annonce, et l’obscurité s’installe au rythme des résonnances, une émotion indescriptible s’empare des spectateurs, les souffles sont retenus, les esprits sont ailleurs, là où les sens s’envolent, là où sobriété et poésie fusionnent, là où on touche au sublime.

Le ballet est sans conteste une grande création aussi bien sur le plan chorégraphique qu’esthétique. Tous les ingrédients sont présents pour en faire un moment de grande originalité et de pur bonheur. A ne manquer sous aucun prétexte !
By Louza


